Nous sommes le 24 mai 2010, de retour au camp de base après avoir effectué le sommet le 23 mai à 5 heures du matin. Un moment inoubliable, extrêmement intense et tant attendu. La patience mais aussi l’esprit montagne auront été couronné de succès.

Je parle de patience, car le créneau était réduit au 22 et 23 mai pas plus, ensuite, ce sont les conditions moussons qui s’installent. Autant vous dire que c’était la cohue sur les camp d’altitude et quand je dis cohue, je pèse mes mots…bref. Je peux donc vous confirmer que le col sud à 8 000 m où s’établit le camp IV avant l’assaut, mérite bien son surnom de" plus haute décharge du monde". En bon deviseur, j’ai établis à 50 le nombre de Sherpas qu’il faudrait pour mener une véritable opération d’envergure au col sud. Bien entendu, tout mes amis sherpas sont d’accord avec moi, les autres expéditions aussi d’ailleurs…je vous laisse juger sur pièce des photos. Bon, je suis passé outre, même si j’ai meilleure conscience que les autres, puisque nous en avons redescendu un peu grâce à l’opération de nettoyage.

Donc, nous voilà au mythique col sud, face aux derniers 1 000 m de parois à gravir. A coté de nous, entre 150 et 200 prétendants, tous n’iront pas au bout, on le sait. Bon, à 8 000, c’est oxygène obligatoire sauf pour Pemba qui se paie le luxe de fumer encore…..dernier réglage des masques, ils annoncent moins 24°C au sommet et 35 à 45 KM/ h de vent en rafale, soit une température ressentie de l’ordre de moins 30 moins 35°C. Alors, disons qu’on va partir dans les premiers, vers 21 heures. A 19 heures, on jette un coup d’œil dehors pour s’apercevoir que la majorité de nos concurrents (appelons les comme ça pour le moment) sont déjà à pied d’oeuvre sur l’arrête…branle bas de combat, on finit nous pâtes en ajustant les masques et les crampons, et feu, on sort de la tente en courant…. ou presque. J’avais dis à Pemba, on part les premiers, je ne veux pas prendre de risques….Alors nous voilà rejoignant assez rapidement la queue leue leue comme pour monter au camp IV de jour. Et là, je deviens irrascible, le nez dans le cul de mon prédécesseur et mon poursuivant, le nez dans mon cul, le tout dans une chaîne d’au mois 100 personnes à en juger par le halo des frontales.

Que faire, ça n’avance à rien, dès les premiers mètres, les gens sont atomisés, obligé de s’arrêter pour reprendre leurs souffle et je ne vous parle pas des problèmes de manipulations de cordes avec leurs grosses moufles et leur non connaissance du matériel…le sang me bout celui de Pemba aussi et là, décision de montagne, on se détache et on monte en doublant tout le monde, couloir à 40 / 45° maxi dans de la bonne neige et au fur et à mesure, par groupe de 10 ou 15, on les double tous, pour se retrouver loin devant avec tous notre temps pour savourer le reste de l’itinéraire. Vous allez me dire, savourez, en pleine nuit, à la frontale, mais oui, mais oui, c’est comme ça que ça se pratique la Haute Montagne. Et nous voilà, Pemba, Ang Zambou et Chemba en route vers le lever du soleil sur le toit du monde. Car c’est bien de ce là dont il s’agit, arriver au sommet juste avant les premiers rayons du soleil. Et nous avons bien fait, de faire le forcing pour arriver à notre fin, car quand j’ai vu les difficulté techniques à 8 600 m et après sur l’arrête sommitale, y’en a beaucoup qui ne passerait pas. L’itinéraire est ce qu’on appelle en langage montagne « engagé » et je vous confirme que passé un certain point dans la voie, aucun secours n’est envisageable(sic).

La course était engagée avec le soleil, nous avons gagné, nous sommes arrivés juste avant ses rayons au sommet, seule une cordée de 4 venant de l’itinéraire Tibétain était déjà là. Moments ultimes, magiques, indescriptibles, les derniers 100 m sous le sommets resteront à jamais gravé dans ma mémoire, dans mes yeux, dans mon corps. Des frissons immenses, et tout d’un coup, rien de plus haut….le sommet, le toit du monde, mon rêve.